Conférencier invité : Joël Bons
Grand témoin : François Picard (Sorbonne Université - IReMus)
Modératrice : LIAO Lin-Ni (TPMC - IReMus)
Lien Zoom : https://us06web.zoom.us/j/88414446442?pwd=HUdP2WlSpybSl7MeCm3oW9A3Xie23d.1#success
ID de réunion: 884 1444 6442
Code secret: 467520
Joël Bons et l’orgue à bouche
Le contexte historique
Les années 1990 constituent une décennie charnière, marquée par l'arrivée de compositeurs chinois en Europe et une curiosité sans précédent pour leurs instruments traditionnels. Cette période a représenté un véritable "appel historique" en France, où la rencontre entre l'écriture contemporaine et la lutherie chinoise — notamment celle du sheng — a ouvert des voies esthétiques inédites grâce à l'impulsion de structures telles que Royaumont, Radio France, l'Ensemble 2e2m ou le CNSMDP. L'ethnomusicologue François Picard rappellera ce contexte fondateur. C’est dans ce sillage que Joël Bons, acteur majeur de l'introduction de ces répertoires en Occident, développe sa conviction : l'avenir de la musique réside dans la convergence des cultures.
Joël Bons : Les possibilités d’intégration de musiciens et d’instruments de différentes cultures dans les compositions nouvelles
Au fil des années, j’ai acquis la conviction que l’avenir de la musique (savante) réside dans l’influence mutuelle et la convergence de différentes cultures musicales. En 2002, j’ai fondé l'Atlas Ensemble, formation interculturelle réunissant des musiciens de Chine, du Japon, d’Inde, d’Iran, d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Syrie, de Turquie et d’Europe. L’ensemble présente un univers sonore inédit composé d’instruments issus de diverses cultures et vise à créer de nouvelles formes d’orchestration dans un idiome transculturel.
Dans cette présentation, je me concentrerai sur la composition pour les orgues à bouche chinois (sheng) et japonais (shō) au sein de diverses combinaisons interculturelles. À travers des exemples tirés de mes pièces Tour à Tour (2006), Nomaden (2015-16) et Atlas Orchestra (2023-2025), j’illustrerai différentes approches et stratégies de composition. Dans ces œuvres, les instruments sont utilisés dans des configurations variées : en tant qu'instruments solistes, en duo (sheng & violoncelle), dans des formations de musique de chambre inhabituelles (2 sheng, trombone, percussions), comme solistes au sein d’un grand ensemble, ou comme instruments contribuant à l’harmonie dans les tutti et les chorals.
La configuration de ces deux instruments est exceptionnelle : les tuyaux de bambou sont disposés en cercle de manière à répondre aux exigences musicales spécifiques pour lesquelles ces instruments étaient traditionnellement destinés. Pour le shō, il s’agit des combinaisons de notes utilisées dans la musique de cour du Gagaku ; la construction du sheng, quant à elle, a évolué de la version à 17 tuyaux adaptée à la musique chinoise pentatonique traditionnelle (utilisant souvent des quintes parallèles) vers des variantes entièrement chromatiques comprenant beaucoup plus de tuyaux, ce qui donne une disposition plus complexe.
La structure unique de ces instruments m’a incité à expérimenter librement des doigtés possibles, desquels ont émergé diverses idées musicales. En collaboration avec les interprètes, j’ai ainsi exploité le potentiel caché de schémas de doigtés techniquement confortables pour l’instrumentiste, mais inhabituels et non traditionnels. Ce n’est là qu’un exemple des stratégies de composition que j’aborderai.
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Joël Bons
Le compositeur Joël Bons est né à Amsterdam. Il a étudié la guitare et la composition à Amsterdam, Sienne et Fribourg auprès de Robert Heppener, Franco Donatoni et Brian Ferneyhough. Sa culture musicale est toutefois diversifiée, influencée par la collection de disques de « musiques du monde » de ses parents, les Beatles, Frank Zappa, Igor Stravinsky ou encore Pierre Boulez.
Compositions
La musique de Bons a été interprétée par les plus grands solistes, ensembles et orchestres internationaux. En 2016, la création de l’œuvre d’envergure Nomaden a marqué les esprits lors de festivals tels que la Biennale de Venise et la Cello Biennale d’Amsterdam. Écrite pour le maître violoncelliste Jean-Guihen Queyras et l’Atlas Ensemble, cette œuvre a remporté le prix Grawemeyer 2019 pour la composition musicale. Ce prix est souvent qualifié de « prix Nobel de la musique » par le The New York Times. Nomaden est publié sous le label BIS Records.
Parmi ses commandes récentes figurent Thirty Situations (pour soprano, trombone, batterie jazz, guitare électrique et électronique) ainsi que le concerto pour violoncelle Trailblazer, commandé et interprété par le Residentie Orkest. À la demande du festival Oranjewoud, Joël Bons a composé deux séries d’œuvres pour l’Atlas Ensemble : 283 Strings (2023) et 132 Guan (2024). Le 21 juin 2025, la grande fresque Atlas Orchestra a été créée avec un grand succès lors du Holland Festival au Concertgebouw d’Amsterdam. Cet événement marquait les débuts de l’Atlas Orchestra, un collectif interculturel de 40 musiciens de haut niveau fondé par Bons.
Ensembles
Joël Bons a cofondé le Nieuw Ensemble, dont il fut le guitariste pendant dix ans, avant d’en devenir le directeur artistique. Il a fait découvrir une nouvelle génération de compositeurs chinois au public occidental dès 1991, marquant ainsi une percée internationale pour la nouvelle musique chinoise. En 1998, Bons et le Nieuw Ensemble ont reçu le prix de musique du Cultuurfonds pour leur « programmation d’une vitalité et d’une audace remarquables, pionnière tant au sens propre qu’au sens figuré ».
En 2002, il fonde l’Atlas Ensemble. Pour son travail avec cet ensemble, il a reçu le prestigieux prix d'art d'Amsterdam en 2005. La même année, il devient professeur de composition au Conservatoire d’Amsterdam, où il organise chaque année l’Atlas Academy, un laboratoire de création musicale interculturelle. Au cours des décennies, Bons a acquis une connaissance approfondie des instruments et des musiques non occidentales et a constitué un réseau de musiciens de niveau mondial. En 2025, il a créé l'Atlas Orchestra.